Fourrières parisiennes : arrangements pollution, permis de conduire invalides, trafic d’épaves, code du travail violé…

Des scandales en série pour les fourrières parisiennes ! Nous vous le révélions déjà en exclusivité, les remorqueurs n’ont souvent pas le bon permis de conduire. Les révélations de Capital vont plus loin encore: pollution, sécurité, code du travail non respecté, permis de conduire non valides, coûts supplémentaires pour les contribuables (6,4 millions d’euros par an !)… Extraits :

Des 4×4 très polluants, passant à travers les mailles du filet des contrôles anti-pollution

Depuis des décennies, ces sociétés privées utilisent en grand nombre des 4×4 Toyota « HZJ79 » diesel – le fameux modèle dont usent les combattants d’Irak ou de Libye avec une mitrailleuse plantée dessus. « On peut faire 1 million de kilomètres avec, alors que les autres cassent souvent à 100.000 », résume un connaisseur. Le problème, c’est que cet engin miracle n’est plus commercialisé en Europe depuis 2002. Mais, selon nos informations, certains importateurs parviennent à passer outre ces obligations grâce à une astuce très simple. « Il suffit de faire immatriculer préalablement les voitures hors de France et de les déclarer comme véhicules d’occasion pour bénéficier de tests de pollution allégés« . Et de fait,la Direction de l’Environnement de ce département a beau jurer ses grands dieux que cette règle n’a jamais existé, des dizaines de Toyota HZJ79 sont bel et bien passées ces dernières années entre les mailles du filet grâce à ce stratagème. Et toutes celles qui ont été construites avant 2006 peuvent, encore aujourd’hui, et officiellement cette fois, être homologuées, sans passer de vrai contrôle antipollution. […] Naturellement, pour donner le change lors des passations de marché, ils exigent des sociétés soumissionnaires qu’elles présentent leurs « performances en matière d’environnement » (annexe 5 à l’acte d’engagement) et ils font mine d’en tenir compte dans leur sélection. Mais cela fait bien rire les patrons du secteur. « Comme je ne savais pas trop quoi raconter, j’ai demandé à un copain d’Europe Écologie de rédiger à ma place ce chapitre dans mon dernier dossier de candidature, confesse l’un d’eux, hilare. Je n’ai même pas lu ce qu’il a écrit, et je suis sûr qu’eux non plus, car ils s’en moquent. »

Une sécurité qui laisse hautement à désirer…

« Ce sont des pistolets chargés ! », tempête Alain Bonzi, un homme du métier qui préside la branche « remorquage » de la Fédération nationale de l’artisanat automobile. Pour des raisons de sécurité, un arrêté de 1975 fixe en effet à 1,8 tonne le poids maximum autorisé en charge (PTAC) des véhicules tractables par cette catégorie de dépanneuses.

« Lorsque vous dépassez ce seuil, l’avant du 4×4 se soulève et les freins deviennent inefficaces », décrypte Alain Bonzi, qui reconnaît s’être lui-même « déjà fait très peur » les jours de pluie. D’autant que, on l’a dit, leurs chauffeurs ne disposent pas du permis poids lourd, ni même du simple permis BE, obligatoire pour tirer des remorques de ce poids.

Là encore, la mairie et la préfecture ont trouvé la parade. En l’occurrence un minuscule alinéa du Code de la route, qui stipule que « le terme “remorque” désigne tout véhicule destiné à être attelé à un autre véhicule ». Les voitures, même mal garées, n’étant pas « destinées à être attelées » mais à rouler toutes seules, elles ne peuvent être considérées comme des remorques, font valoir ces chicaneurs. Et, par conséquent, elles ne sont pas concernées par les réglementations de sécurité. Chapeau les artistes ! « Techniquement, cela n’a aucun sens, mais juridiquement, ça tient à peu près la route », sourit un pro de l’enlèvement, ravi de l’aubaine. « Le jour où il y aura un accident grave, j’attaquerai le préfet pour mise en danger de la vie d’autrui« , s’énerve en réponse Sébastien Dufour, un avocat spécialisé dans ces affaires.

Mais au fait, pourquoi la mairie de Paris et la préfecture jouent-elles à ce jeu-là ? Tout simplement parce qu’elles n’ont pas le choix ! Quatre des six parcs de préfourrières de la capitale étant situés en sous-sol (et bientôt six sur six, car Anne Hidalgo a décidé de les enterrer tous pour des raisons esthétiques), les camions-plateaux, tout à fait sécurisés ceux-là, ne peuvent y avoir accès.

Le code du travail négligé pour plus de productivité

Les risques d’accidents sont d’autant plus importants que les chauffeurs effectuent presque tous des horaires à rallonge. Poussés à la roue par de plantureuses primes de productivité (10 à 12 euros par voiture enlevée au-delà de leur quota), beaucoup d’entre eux prennent leur service à 8 heures du matin et le finissent à 19 heures. « Je ne m’arrête jamais, le midi, j’avale un sandwich en conduisant ». Tous les chauffeurs que nous avons rencontrés nous l’ont confirmé : entre les paiements en liquide à la tête du client, les cotisations d’IRP (retraite complémentaire) « oubliées », le management par la terreur et les licenciements à la hussarde, certaines sociétés ont tendance à en faire une interprétation un peu extensive.

Une très mauvaise gestion… déficitaire ! (6,4 millions par an pour le contribuable)

Chaque année, elle pousse en effet la préfecture de police – financée avec l’argent de la mairie de Paris – à faire toujours plus de chiffre sur les fourrières. « Cela lui permet de réduire d’autant les budgets qu’elle lui alloue », dénonce Philippe Goujon, le maire LR du XV earrondissement.

Il faut en effet savoir que sur les 179 euros payés par l’automobiliste, les sociétés d’enlèvement n’en perçoivent que 50 à 70. Tout le reste part dans les poches de la mairie et de la préfecture, et sert à financer les agents de police qui mettent les PV ou qui gardent les parcs, et à payer les frais annexes. L’affaire est d’ailleurs tellement mal gérée et les sureffectifs de fonctionnaires tellement flagrants que les fourrières parisiennes réussissent l’exploit d’afficher un déficit (6,4 millions d’euros en 2014) et donc… de coûter au contribuable !

3 astuces pour limiter le risque d’enlèvement

  1. Stationner correctement 😉
  2. Avoir un véhicule lourd et/ou braquer les roues
  3. Avoir un véhicule de sport (bas, très cher) : les remorqueurs ont alors peur d’y faire des dégâts

 

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