Interdiction de circuler et marché automobile d’occasion

Comment a évolué le marché de l’automobile d’occasion depuis l’interdiction de circulation à Paris des véhicules construits avant 1997 ? Différents chiffres circulent sur la perte de la valeur des véhicules datant d’avant 1997, mais aucune étude sérieuse n’a été faite sur un grand panel de voitures vendues. De nombreux sites permettent d’évaluer la cote de sa voiture, une simple recherche google suffit.

Autoscout24, célèbre site de petites annonces, cite par exemple, dans son communiqué du 3 juillet dernier, que le segment de véhicules âgés (> 15 ans) aux mains des particuliers est en hausse de 8,5% et que le parc vieillit. Les ventes de véhicules de plus de 16 ans représentent maintenant près de 16% des ventes de véhicules d’occasion en France. Le parc automobile français avait atteint 8.8 années en 2016. Aussi, au 1er semestre 2017, grâce aux transactions enregistrées au mois de juin, le marché du véhicule d’occasion affiche un résultat record jamais atteint en France. 2.927.592 véhicules d’occasion ont été enregistrés sur cette période soit + 2,1% par rapport au précédent record enregistré en 2016. 
Cette décote atteingnait déjà 20 % à 30 %, selon le site internet. En Ile-de-France, qui concentre 16 % des ventes des véhicules d’occasion dans l’Hexagone, entre 430 000 et 600 000 automobiles (véhicules légers et petits utilitaires) sont touchées par la mesure – et donc la décote –, dont 50 000 à 70 000 dans Paris même. 

Ce qu’on lisait dans la presse mi 2016

« La valeur [des véhicules construits avant 1997] tient essentiellement à la qualité de leur entretien, mais les interdictions de circulation auront un impact important sur ces voitures un peu âgées: cela va créer un effet de seuil, estime Pierre Steward, expert automobile chez BCA ExpertiseExperveo, dans un communiqué de l’association 40 Millions d’Automobilistes. On estime que ces véhicules perdront 50% de leur valeur à la revente« .

La question de la valeur de la voiture pose ensuite question. BCA ExpertiseExperveo l’estime à 2500 euros. « En moyenne, sur tous les départements franciliens, hors Paris, le prix moyen pour ce genre de voiture est de 1000 euros », souligne Antoine Piombino. Pour le co-fondateur d’AutoVisual, sur ce type de véhicule, le prix bas est de toute façon une condition sine qua none de sa vente. Passé 20 ans, un véhicule n’est en effet plus côté et des prix bas permettent de petites transactions simplifiées, de la main à la main.

Si une vague de petites annonces déferlait, il trouverait preneur, selon Sylvain Girault, vice-président de l’Association Nationale des Experts en Automobile. « Les primes à la casse de ces dernières années ont fait disparaître de nombreuses voitures à petits prix. Or, depuis la crise de 2008, il y a une demande pour ce type de véhicules peu chères, souligne l’expert. Les sites de ventes ont déverrouillé le marché, les gens n’hésitent plus à faire 300km pour aller chercher un véhicule. »
L’association 40 Millions d’Automobilistes estime à 870.000 le nombre de véhicules touchés par ces restrictions de circulation.

La Mairie de Paris oppose à ses détracteurs que « sur mille voitures particulières, véhicules utilitaires légers et 2-roues motorisés observés, on constate que 62 % sont la propriété de gens qui appartiennent aux Catégories socioprofessionnelles favorisées, celles qu’il est convenu d’appeler les CSP+. » Manière de dire que la majorité des personnes moins fortunées empruntent déjà les transports en commun et que l’interdiction du 1er juillet 2016 n’affectera guère leurs trajets quotidiens entre Paris et sa banlieue. [NDLR : cela signifie aussi que 38% des concernés ne sont pas aisés, ce qui n’est pas peu !]

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Illustration : Udelcim