Paris : des associations demandent la réouverture des voies sur berges (tribunal administratif saisi)

Le débat continue. « Intérêt général » ou menace pour « l’environnement » ? Lundi 14 novembre, plusieurs riverains et associations ont demandé l’annulation de la piétonisation des voies sur berges au cœur de Paris devant le tribunal administratif. La justice rendra sa décision d’ici à mardi soir.

« Paris Plages toute l’année »

« Ce qui nous scandalise, c’est qu’on essaye de faire du Paris Plages toute l’année », s’agace Christine Bru-Malgras, partie civile au dossier, qui redoute « une recrudescence d’incivilités » du fait de la piétonisation. Chaque été, ces mêmes voies sur berges sont fermées aux voitures pour laisser place à des bars et restaurants éphémères, étendues de sable et chaises longues. « L’intérêt public est contestable », a plaidé Me Jean-Baptiste Iosca, représentant d’une dizaine de riverains et d’associations qui se sont portés partie civile au dossier.

La piétonisation a un « impact sur la circulation en automobile » ailleurs dans la capitale, d’autres secteurs déplorant « plus de bruit et de pollution », a estimé devant le juge Me Iosca, dénonçant par ailleurs l’absence « d’un plan alternatif de circulation ». Depuis la fermeture des voies sur berges aux voitures cet été, il n’y « a pas eu d’influence » majeure sur le trafic à l’intérieur de Paris ou en dehors, a plaidé pour sa part le conseil de la Ville, Me Régis Forger. (méconnaissance ou volonté de tromper ? On connaît maintenant les effets néfastes, voir ci-après, ndlr)

Soucieux de suivre la fluidité du trafic dans la capitale, le préfet de police de Paris, Michel Cadot, avait mis en place un comité de suivi pour étudier les conséquences de cette piétonisation. Des « relevés de données » concernant l’évolution du trafic routier, la pollution atmosphérique et le bruit dans le secteur doivent être effectués pendant six mois au moins. L’arrêté sur la piétonisation a par ailleurs prévu un « principe de réversibilité » en cas d’échec, et acté la possibilité pour les véhicules d’urgence et de police d’utiliser ces voies sur berges.

Augmentation du temps de trajet jusqu’à x2, le rapport officiel sous-estime les chiffres

Selon le Medef du Grand Paris, dans leur immense majorité (96 %), les adhérents du Medef confirment l’impact négatif de cette fermeture sur leurs activités (salariés, fournisseurs, clients, famille…). Le temps de trajet moyen, après la fermeture de la voie Georges-Pompidou, serait désormais de 50 minutes, soit un doublement de celui-ci. Sur les alternatives possibles et les possibilités « d’évaporation du trafic », les trois quarts des professionnels considèrent qu’ils sont obligés de conserver l’usage d’une automobile pour leur activité professionnelle.

Selon un rapport de la mairie de Paris (Libération) : le nombre de véhicules par heure sur les trois premières semaines de septembre a augmenté de 73% sur les quais hauts aux heures de pointe du matin, par rapport à la même période en 2015: 2.023 véhicules par heure en 2016, contre 1.172 en 2015. Aux heures de pointe du soir, la hausse est de 13% (2.066 contre 1.824). La direction a aussi analysé les temps de parcours. «Il apparaît que les automobilistes mettent 14 minutes, soit une minute de plus qu’en 2015, pour aller des Tuileries au Bassin de l’Arsenal sur les quais hauts le matin; et 20 minutes, contre 15 minutes en 2015 le soir.» Sur le boulevard Saint-Germain, «la situation est plus tendue», note Le JDD : «13 minutes au lieu de 6 de la Concorde à l’Institut du monde arabe le matin, 16 minutes au lieu de 13 le soirSur une distance plus longue, de la Concorde à Bercy, les automobilistes mettent 20 minutes le matin, soit 7 de plus qu’en 2015, en passant par les quais hauts. Ils mettent le même temps le soir (26 minutes). S’ils passent par le boulevard Saint-Germain, le trajet prend 20 minutes, contre 11 l’an dernier.

Selon Challenge : Le comptage des véhicules est lui-même sujet à caution. Les auteurs du rapport d’étape déplorent le fait que « la Ville de Paris a basé son étude d’impact sur un périmètre très restreint choisi a priori alors que la zone d’influence n’était pas connue. » Ils regrettent encore que la Ville de Paris n’ait pas pris soin d’évaluer la provenance et la destination des voitures qui empruntaient ces voies sur berge : « On peut regretter l’absence d’enquête origine-destination juste avant fermeture des 43 000 usagers quotidiens. Cette connaissance, qui concerne l’équivalent de la population d’une ville comme Chartres ou Meaux, aurait permis de savoir qui des Parisiens ou des habitants des autres départements d’Île-de-France sont impactés, quelles professions, etc« . Les auteurs du rapport demandent au Préfet de Police de Paris « d’organiser une concertation des différentes parties » pour confronter les données. Il va également lui proposer une nouvelle méthodologie avec 350 mesures sur l’air, le bruit et le trafic sur un périmètre élargi au périphérique et à l’A86 qui entoure Paris.

Le Point + Le Parisien + Libération + Challenge

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