Le premier taxi autonome et électrique de Paris (Autonom Cab)

Le concept Autonom Cab dévoilé par Navya préfigure l’avènement du taxi sans chauffeur. Pour rivaliser avec Uber et Google, la PME lyonnaise parie sur un véhicule futuriste embarquant toutes les technologies disponibles et mise sur le soutien des pouvoirs publics.

La PME lyonnaise Navya, qui après avoir développé depuis 2014 un concept de navettes autonomes pour le transport collectif, s’apprête à lancer son premier prototype de «robot taxi» dans le sillage des expérimentations menées aux Etats-Unis par Uber, Lyft ou encore Google. Baptisé «Autonom Cab», ce gros monospace bardé de capteurs et totalement dépourvu de poste de pilotage, sera capable de transporter jusqu’à six passagers pour de courts trajets urbains en pariant sur l’autopartage. Le tout bien sûr en mode zéro émission, grâce à son moteur électrique de 15 kW, qui dépassera rarement la limitation des 50 km/heure en ville, sachant que l’engin fait tout de même ses deux tonnes pour 4,65 m de long.

Ce taxi autonome «made in France», au design futuriste et somme toute assez réussi, devait être dévoilé ce mardi à 19 heures à la Cité du cinéma, à Saint-Denis, par le PDG de Navya, Christophe Sapet, lors d’un show à l’américaine. Et ce en présence de deux membres du gouvernement, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et son collégue de la Cohésion des transports, Jacques Mézard, transformés pour l’occasion en «VRP» d’une start-up jugée emblématique de la nouvelle «French Tech». Signe de l’intérêt porté par l’exécutif à ce projet de voiture autonome, Elisabeth Borne devrait annoncer dans la foulée la nomination d’un «haut-commissaire aux véhicules autonomes» en la personne… d’Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’Etat aux Transports, puis patronne de la RATP et de la SNCF. Et surtout une première «autorisation de roulage» pour le robot-taxi de Navya dans les rues de Paris ou de Lyon, à titre purement expérimental.

A ce stade, on se demande bien comment une petite entreprise française pourrait espérer rivaliser avec les géants Uber ou Google ? «La différence avec eux, c’est que nous avons conçu nous-mêmes notre propre véhicule, en intégrant toutes les technologies de capteurs et de navigation disponibles, là où ils partent le plus souvent d’un modèle existant et ne font appel qu’à une partie de ces technologies, assure le PDG de Navya Christophe Sapet. Et puis l’avantage quand on est petit, c’est d’aller plus vite que les grosses machines : entre la décision, la conception et l’entrée en production de notre Cab, il ne s’est pas passé trois ans.»

Christophe Sapet, qui s’avoue paradoxalement «amoureux des belles voitures», a donc fait le pari de la voiture sans chauffeur car c’est «la solution la plus adaptée à nos besoins de mobilité dans la ville de demain». Aujourd’hui, Navya emploie 160 salariés et commercialise déjà un véhicule autonome électrique un peu plus gros, la navette Navya Arma qui peut transporter jusqu’à 15 personnes. Cette «shuttle» circule actuellement en circuit fermé sur le site de Confluences à Lyon ou dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Civeaux et elle est testée sur l’Esplanade de la Défense sous l’égide du Stif (le Syndicat des transports d’Ile-de-France). Elle s’est exportée sur l’aéroport de Christchurch en Nouvelle-Zélande et la commune suisse de Sion l’expérimente aussi en mode transport collectif…

L’Autonom Cab embarque ainsi pas moins de six caméras, dix capteurs Lidars (mesure à distance par laser), deux antennes GNSS (un super GPS qui permet de diriger le véhicule avec une précision de 2 cm), quatre radars et autant de capteurs odométriques (pour déterminer la position et la vitesse des autres objets roulant ou non environnant le véhicule) ou encore une centrale inertielle. Le futur passager, lui, ne verra que la facilité d’usage du robot taxi commandé depuis une application dédiée, qui passera le prendre à domicile ou en ville, avec possibilité d’autopartage avec d’autres clients.

Christophe Sapet : «Cette solution de mobilité intelligente, sûre et propre va dans le sens de l’histoire, elle ne peut qu’intéresser les collectivités et les métropoles qui veulent bannir la voiture individuelle polluante de leurs centres-villes.» Seules à même de s’offrir ce taxi du futur qui coûtera tout de même 260 000 euros, les sociétés de transport régionales, des compagnies de taxis ou des grands acteurs du VTC pourraient aussi regarder de près le concept développé par Navya. En attendant le feu vert réglementaire et les clients, il faut donc tenir: Navya, qui vise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et a déjà levé 30 millions auprès de Keolis (filiale de la SNCF) et de l’équipementier automobile Valeo notamment, pourrait rapidement procéder à un nouvel appel de fonds.

Libération