Voies sur berges : un rapport au vitriol… qui restera lettre morte

Le ton n’est plus aussi véhément, mais le contenu toujours aussi sévère. Ce lundi, le Comité d’évaluation de la piétonnisation des voies sur berge a rendu un énième – et ultime- rapport. Après un an d’observations, il confirme ses précédentes constatations : des temps de parcours plus importants sur les quais hauts entre septembre 2015 (avant la fermeture) et septembre 2017, et donc, mécaniquement, davantage de bruits et de pollutions localement. Même les bus roulent moins vite.Mais ces 109 pages de rapport resteront lettre morte. La piétonnisation de l’axe a été définitivement acté par le préfet de police de Paris en juin. La ville de Paris songe d’ailleurs déjà à ce qui va changer sur les quais hauts. Le comité, lui-même ne se berce pas d’illusion. Il espère au moins que ce travail servira à l’avenir « aux décideurs pour les projets de cette importance ». Signe qui d’ailleurs ne trompe pas : là où habituellement Valérie Pécresse conviait la presse pour le commenter, cette fois, c’est en catimini que le rapport a été publié. Voici les principaux enseignements.

– Des reports de circulation au-delà de l’hypercentre. Le flou régnait encore sur ce point. Cette fois, le comité régional est affirmatif. « Les reports de circulation sont allés au-delà de l’hypercentre parisien, jusqu’au boulevard périphérique et ses abords au sud-ouest ». Il dit avoir observé par exemple « des évolutions significatives du trafic dans le sens ouest-est sur l’A86 » ou encore sur certains déplacements de banlieue à banlieue, comme «l’itinéraire Boulogne – Charenton (environ + 40 %) ».

– Même les transports en commun sont touchés. Les bus prennent du retard « en raison notamment de la congestion des carrefours », avec un allongement plus prononcé pour les lignes qui empruntent les quais hauts. « La période la plus impactée se situe entre 17 heures et 18 heures avec un allongement moyen de 3 mn 30 secondes » note le rapport. Les véhicules d’urgence ont aussi vu leur temps de parcours augmenté d’une minute en moyenne, sans « impact sur le risque sanitaire pour les personnes secourues ». On respire…

 Pas d’évaporation du trafic sur les quais hauts selon le document. « On a même pu observer en début de période un ralentissement du rythme annuel de diminution du trafic parisien tel qu’observé depuis 15 ans ». Le rapport note que « sur les 43 000 véhicules qui circulaient avant la fermeture sur les quais bas, environ 15 000 véhicules se sont donc reportés sur les quais hauts ». Le reste s’est réparti entre le boulevard Saint-Germain, d’autres rues parisiennes essentiellement rive Gauche, ou le périphérique et l’A86.

Paris dénonce une « fumisterie »Du côté de la Ville de Paris, on rechigne même à parler « encore » de la question des voies sur berge. Christophe Najdovski, adjoint (EELV) aux transports, dénonce même une «fumisterie » en parlant du rapport de la région. «C’est une énième tentative de déstabilisation de Valérie Pécresse (présidente de la région ndlr). Ce rapport n’a strictement aucune valeur. Le seul rapport qui compte, c’est celui rendu par le préfet de police en juin, estime l’élu. Et il démontre une baisse de la pollution globale quand on compte les deux axes (voies sur berge et quais hauts) ».

Evidément, le ton est diamétralement opposé chez les élus de la majorité régionale, même s’il reste modéré. « Nous n’avons pas attendu d’avoir les conclusions de ce rapport pour demander des mesures compensatoires à Paris », rappelle-t-on dans l’entourage de Valérie Pécresse. La région souhaite que la fermeture des voies sur berges s’accompagne notamment de la création de parkings relais aux portes de la capitale, et de l’installation de carrefours intelligents.

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