Tesla contre Toyota : c’est la course automobile la plus électrique du moment. Celle qui désignera le champion de la voiture de demain. Un véhicule roulant aux watts propres, hyperconnecté et de plus en plus autonome, qui enverra à la casse le moteur à explosion et ses émissions polluantes. C’est aussi un match emblématique entre une start-up de la Silicon Valley, bien décidée à révolutionner l’industrie centenaire de la voiture pour tous, et un géant japonais de l’«ancien monde» automobile qui, le premier, a négocié le virage décarbonné avec sa Prius hybride il y a déjà vingt ans. C’est enfin un choix décisif entre deux technologies, le tout batteries contre la pile à hydrogène…

Le cabinet d’études AlixPartners estime ainsi qu’en 2030, 40 % des modèles vendus en Europe seront électriques ou hybrides rechargeables, soit plus de 11 millions de véhicules sur les 24 millions écoulés annuellement !

Dans le même temps, le gazole, plombé par le «dieselgate», devrait tomber de 9,8 millions de voitures en 2016 à 2 millions à peine en 2030, et l’essence chutera de 9 millions à moins de 6 millions d’unités. Mais la Formule 1 Tesla, dont le moteur connaît quelques ratés, n’est peut-être pas la mieux placée dans cette course à la voiture propre.

Toyota mise sur la pile à combustible

 

Roi de l’hybride, Toyota mise sur le coup d’après en essayant de doubler Tesla et sa techno de voitures électrique. Son atout ? La pile à combustible carburant à l’hydrogène. Longtemps éclipsé par le moteur à explosion, ce procédé pourrait prendre sa revanche. La pile à hydrogène permet en effet de produire de l’électricité en continu en transformant le gaz par électrolyse inversée. Plus besoin de batteries : avec un plein de 5 kilos de dihydrogène (H2), la Mirai («futur» en japonais) de Toyota peut rouler 650 km et son échappement ne rejette que de la vapeur d’eau ! Toyota a même dévoilé un prototype affichant une autonomie de 1 000 km.

«Avec l’hydrogène, Toyota répond aux attentes du consommateur : comme à la pompe à essence, il faut moins de cinq minutes pour faire le plein, contre plus d’une demi-heure pour recharger partiellement un véhicule à batterie. Et l’autonomie est deux fois supérieure à la meilleure voiture électrique», s’enthousiasme Pascal Mauberger, le président de l’Association française pour l’hydrogène et la pile à combustible. Pour l’heure, Toyota n’a vendu que 4 000 Mirai… En France, la flotte de taxis Hype en a commandé quelques exemplaires, qui peuvent faire le plein à la station Air Liquide du pont de l’Alma. Le prix de la Mirai (65 000 euros) flirte avec celui d’une Tesla. Mais Toyota mise sur les limites des batteries – la ressource lithium est limitée et difficile à recycler – et l’avènement d’une économie de l’hydrogène. Le cabinet de conseil McKinsey prévoit que ce gaz pourrait alimenter de 10 millions à 15 millions de voitures d’ici 2030. Toyota, qui a prévu d’investir des milliards dans la pile à combustible, est suivi de près par le coréen Hyundai qui a lancé l’ix35, un petit SUV roulant au H2.

 

Tesla mise sur le 100% électrique

Très médiatique, le groupe californien de l’entrepreneur Elon Musk reste un poids plume du secteur.

Elon Musk déroule son «grand plan». Après la Model S et le «SUV» Model X, voici la Model 3, dont le prix débute à 35 000 dollars. Mission : démocratiser le concept pour devenir leader de la voiture électrique de masse ; 500 000 exemplaires ont d’ores et déjà été précommandés. Pour fournir les millions de batteries nécessaires à cette armada, Elon Musk a prévu d’investir 5 milliards de dollars dans sa «Gigafactory» du Nevada. Et il veut en construire au moins deux autres en Europe et en Asie.

Depuis cet automne, Tesla connaît des ratés : la firme a annoncé une perte de 619 millions de dollars pour le 3e trimestre et des retards de livraison pour sa Model 3. «Tesla n’a jamais gagné d’argent et en dépense énormément. Dans le système Musk, ce sont les futurs clients qui supportent le besoin en fond de roulement, alors il ne faut pas les décevoir», observe Laurent Petizon, d’AlixPartners. Pour ce spécialiste du marché automobile, Tesla découvre aussi que devenir un grand constructeur ne s’apprend pas en mode start-up pressée.

En 2020, tous les géants auront leur gamme électrique. Dans le jeu de «tous contre Tesla» qui s’annonce, que pèsera le petit constructeur face au géant chinois ? «La Chine détient déjà les deux tiers des capacités de production de batteries, et sur les 100 nouveaux modèles qui sortiront d’ici 2020, 50 seront chinois», prévient Laurent Petizon.