Lettre ouverte à Chantal Perrichon (tribune libre, 2015)

Madame Chantal Perrichon,

Vous présidez la Ligue contre la violence routière depuis 2002. Ligue dont le slogan est, rappelons-le pour démarrer dans l’humour, « Objectif Zéro Accidents ». Vous pourriez
aussi bien prendre la direction de Météo France et leur donner pour objectif « zéro nuages »?

(…)

Maintenant, soyons sérieux. Graves, même. Les accidents de la route sont violents, et le traumatisme de perdre un être cher l’est tout autant. Chacun d’entre nous a, au sein de son cercle de proches, connu les affres d’un accident de la route. (…)

La vitesse est l’ennemi désigné; tandis que le vrai danger est tapi ailleurs et les chiffres (les vrais, pas ceux qui ressortent de votre moulinette à propagande) le prouvent depuis
longtemps. Assoupissement au volant, grâce à la généralisation des régulateurs de vitesse. Lenteur de mise en place des contrôles de psychotropes, légaux et illégaux, et législation inadaptée. Vétusté du parc automobile, enfin. Il circule sur notre territoire, des véhicules pourtant visés par le contrôle technique, qui
devront parcourir 35 mètres pour ralentir de 50 à 0 km/h. Dans le même temps, il existe des véhicules qui sont conçus pour effectuer le même freinage, en 20 mètres, soit 15 de moins!

Mais pourquoi donc alors, ne vous voit-on pas décrire les vertus de ces véhicules qui protègent des vies? Parce que ce sont des véhicules performants, conçus pour la grande
vitesse mais qui ne la pratiquent jamais. Ce sont surtout, de belles automobiles, à caractère sportif, et bien sûr, coûteuses.
(…)
Ne remarquez-vous pas, en parcourant les grandes villes d’Europe et du Monde, comme il est fréquent de voir rouler des véhicules d’exception? Partout, sauf chez nous. Car votre
entreprise de sape intellectuelle, de dramatique nivellement de l’intelligence, s’appuie sur un trait culturel bien français, et dont on se passerait volontiers. Cette spécificité nationale, c’est le fait de poser sur les conducteurs de belles automobiles, un regard fait d’envie, de jalousie, d’antipathie immédiate. Là où d’autres cultures savent reconnaître une expression de la réussite, une proclamation de plaisir mérité. En France, vous roulez en Bugatti? vous êtes forcément une star de la Ligue 1. A Londres, on en croise plusieurs tous les jours, conduites avec plaisir et responsabilité par des entrepreneurs costumés. Au pied léger.
En participant, en attisant ce feu de haine contre la belle automobile, vous exploitez les frustrations et la rancoeur des esprits crédules.

Vous écornez l’image de la France, devenue au fil des ans le « pays où on ne voit pas de belles voitures », selon la formule d’un ami indien.
Enfin, et ce qui est probablement plus grave, vous rendez indésirables les automobiles performantes sur nos routes. Et, ce faisant, vous rendez les routes moins sûres.
Je vais attribuer la responsabilité de cette situation ridicule et néfaste, Chantal Perrichon, à votre méconnaissance des réalités de celles et ceux qui doivent prendre la
route chaque jour. Ce qui n’est pas votre cas lorsque vous rejoignez vos bureaux du 15ème arrondissement. Je vous invite à, rêvons un peu, reconsidérer la criminelle absurdité de
votre démarche. Et éventuellement, pour une fois, écouter plutôt que de donner des leçons.

(…)Voici donc quelques propositions de la part d’un homme qui pratique la route, la ville, l’autoroute. En automobile, en 2 roues, à pied. Et qui défendra avec ferveur son droit à la
conduite plaisante et responsable, tout comme il apprendra avec passion les bonnes attitudes à ses enfants: en 2 roues, le port d’équipements de protection complets est obligatoire.
La formation à l’usage du limiteur de vitesse, et suppression par les constructeurs du régulateur. Dans le premier cas, le conducteur respectueux des limitations reste actif
et vigilant. Dans le second cas, il n’a plus qu’à rejoindre Morphée, blotti dans les rails de sécurité. Pour les utilisateurs de portables au volant, une suspension immédiate de permis d’un mois. Une réelle application par les forces de l’ordre, du code de la route concernant l’usage des clignotants.
(…)
Pour un partage des routes entre les familles d’usagers: il est louable de rendre les berges de Seine aux piétons l’été, il serait tout aussi juste de réserver certaines sections du réseau
secondaire, à l’usage récréatif ou sportif, dans des conditions sécurisées.

Vous souhaitant sincèrement, Madame Chantal Perrichon, de faire diminuer les malheurs de la route, je vous conjure de considérer les réalités du terrain et des acteurs.
J’espère que vous saurez voir que ceux que vous haïssez, dénigrez et diffamez, sont souvent ceux qui ont la plus grande motivation à rendre la route plus sûre.

Philippe Besseau

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