Ofo : le vélo chinois sans borne ni abonnement qui ringardise le Vélib

Ofo, c’est un Vélib mais en mieux : pas besoin de bornes, on le laisse où on veut. La société chinoise les déploiera à Paris cet hiver.

Le “vélo partagé” n’est plus une spécialité française. Il connaît une deuxième vie grâce à une société chinoise encore inconnue, Ofo, qui a inventé le “vélo flottant”, libre d’accès. Il devrait faire ses premiers pas parisiens d’ici janvier prochain, dans la foulée d’un autre acteur franco-chinois, Gobee.bike, qui a déjà commencé à tester les eaux parisiennes, en lâchant quelques vélos verts dans les rues.

Ce métier a pourtant été inventé par la ville de Lyon et son fournisseur JCDecaux. En 2005, il mettent au point le Vélo’v, une nouvelle façon de circuler en partageant des vélos fixés sur des plots, avec ou sans abonnement. Ce Vélo’v est devenu le Vélib parisien, avant de conquérir la planète, y compris Los Angeles ou New York.

Il n’existe quasiment plus aucune ville, grande ou moyenne, qui n’ait ses bornes et ses deux roues en libre-service. Sauf que les Français se sont ensuite reposés sur leurs lauriers. Ils ont oublié d’innover. Et depuis deux ans, les Chinois d’Ofo mènent la danse.

Les bornes ringardisées

Leur succès est encore plus fulgurant que celui des Vélib grâce à une invention : le vélo partagé “en liberté” ou “vélo flottant”. On le prend n’importe où, on le laisse où on veut. Plus besoin de savoir s’il reste des places à la station, de pédaler dix minutes pour trouver une place… Il suffit d’avoir un smartphone et d’ouvrir une application ad hoc.

Sur la carte du quartier, sur laquelle sont indiqués tous les vélos à disposition autour de nous. On va vers le vélo le plus proche, on clique sur le smartphone et hop, le système antivol s’ouvre. Après utilisation, on le gare et on referme l’antivol. Le vélo est prêt pour le prochain utilisateur. Aucun abonnement n’est demandé, vous payez à la durée. C’est exactement le même service que celui déjà offert à Paris par les scooters électriques de Cityscoot et Coup.

Vous pourrez même tester le vélo en question à la Grande Halle de la Villette de Paris, ce week-end : grâce à ses 50 vélos en démonstration, Ofo sera une des vedettes du salon Autonomy, qui présente à ses visiteurs – particuliers, maires, collectivités locales – les nouvelles solutions en matière de mobilités moderne, et écolo.

Quand on découvre ce système, on peut se demander pourquoi la ville de Paris dépense actuellement une fortune pour changer tous ses vélos en libre-service, en cassant toutes les bornes des Vélib de JCDecaux, afin de les remplacer par de nouvelles bornes de la société Smoove. Paris aurait pu passer directement à ce système novateur, autrement plus souple, et qui, en prime, n’aurait pas coûté un sou au contribuable !

Les responsables parisiens ne savaient même pas que le système existait quand ils ont lancé le renouvellement de l’appel d’offres Vélib… Et ensuite, il était trop tard pour revenir en arrière.

Ofo n’aurait pas demandé mieux que de répondre à la demande : la société a fait, au printemps, une levée de fonds gigantesque auprès de ses actionnaires chinois, pour réussir son implantation internationale : 700 millions de dollars, juste pour s’étendre ! Elle a déjà lancé son service à Milan, avec 4.000 vélos, et posé ses premiers pions en Grande-Bretagne, en Autriche et en Espagne. Elle a même ouvert depuis cet été une filiale à Paris, qui a une dizaine de salariés. Son responsable, Laurent Kennel, veut lancer les opérations dès la fin de l’année, ou au tout début 2018.

Le vélo Ofo va donc démarrer en même temps donc que le nouveau prestataire officiel de la Ville de Paris. L’utilisateur paiera son vélo à la durée, sans abonnement annuel. A Milan, le tarif a été fixé à 50 centimes la demi-heure, et il y a de fortes chances qu’il en soit de même en France. Comment Ofo et Vélib version Smoove vont-ils cohabiter ? Laurent Kennel :

Nous serons complémentaires des vélos officiels de la ville. Nous voulons simplement devenir les leaders français du vélo sans station, en travaillant en collaboration avec les collectivités locales, afin de respecter les contraintes de chaque ville en matière de stationnement.

On le comprend : en France, les trottoirs ne sont pas aussi larges qu’à Pékin, et on ne voit pas très bien comment il serait possible d’y garer des milliers de vélos, sans avoir pris de précautions auparavant.

 

Nous avons déployé 10 millions de vélos en Chine. Nous avons déjà assuré 4 milliards de trajets et nos utilisateurs font 13 millions de kilomètres par jour !

Ils ont été imités très vite par d’autres sociétés, qui se battent avec des moyens colossaux pour conquérir les citadins chinois : 70 entreprises ont investi 1 milliard de dollars sur ce marché et elles ont posé 16 millions de vélos dans les rues chinoises ! Ofo reste le leader avec 65% de part de marché.

Aujourd’hui, une des choses frappantes quand on va à Pékin, Shanghai ou dans une des autres grandes villes du pays, c’est de voir les milliers de vélos garés partout le long des trottoirs, à la libre disposition des usagers. Les Pékinois, qui avaient complètement abandonné l’usage du deux-roues depuis le boom économique, ont retrouvé le goût de la petite reine grâce à Ofo.

Le succès a son revers. Il y a même tellement de vélos que les habitants commencent à se plaindre ! Ils encombrent les rues et les arrière-cours. Sans compter qu’ils sont massivement volés et abandonnés un peu n’importe où par leurs utilisateurs… Des villes chinoises commencent même à adopter des législations pour limiter leur développement.

Le même trop-plein peut-il se produire à Paris ? Il faudrait pour cela que d’autres compagnies viennent concurrencer Ofo et Gobee.bike rapidement, et on n’en est pas là. En région, les parkings Indigo vont se lancer sur le marché, mais ils comptent éviter Paris pour le moment, car ils sont actionnaires de Smoove… “C’est une évidence, cette liberté va se développer, car c’est une tendance de fond”, pronostique Laurent Kennel. La Ville de Paris veut d’ailleurs faire passer la part du vélo de 5% à 15% de nos déplacements : de quoi assurer un boulevard au développement d’Ofo.

Source

Partagez