Les questions que posent les véhicules autonomes : décisions à prendre en cas d’accident et stigmatisation des conducteurs « non assistés »

Ça ne vous a probablement pas échappé, l’actualité du véhicule autonome est en pleine effervescence. Ce qui relevait de la science-fiction il y a seulement quelques années est sur le point de devenir une réalité. Au delà de la voiture à conduite partiellement autonome dont quelques modèles ont récemment été mis en circulation, on voit depuis plusieurs années se développer de nouvelles technologies visant à simplifier la vie du conducteur de toutes les catégories de véhicules, motos comprises.

L’assistance à la conduite est classée par l’OICA (Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles) en 6 catégories, de 0 à 5. 0 correspondant à une conduite entièrement manuelle et 5 à une conduite se passant complètement de l’intervention humaine.

Ce dernier niveau n’est pour le moment pas autorisé à la circulation sur les routes françaises, la législation actuelle ne le permettant pas. Cependant les expérimentations sont en cours depuis l’année dernière, grâce à l’ordonnance n° 2016-1057 du 3 août 2016 et les assouplissements de la législation européenne. Les autres pays accélèrent aussi les expérimentations depuis plusieurs mois.

L’erreur humaine est la cause de plus d’un accident sur 10 (même si ce chiffre porte à débat). Et alors que les chiffres de l’accidentologie semblent stagner depuis plusieurs années malgré une répression toujours plus importante, la conduite autonome, ou à minima assistée, semble être la solution miracle au problème.

Hormis l’idée de devenir « simple spectateur » dans un véhicule qui vous acheminerai d’un point A à un point B qui soulève déjà elle-même de nombreuses questions, il est intéressant de se poser celle de la place du conducteur dans la conduite.
Est-ce que celui-ci est réellement prêt à accepter de façon aveugle les décisions prisent par l’intelligence artificielle de son véhicule ?

Imaginons que l’IA de la voiture doive faire le choix d’une embardée -qui se traduirait par la mort certaine des occupants du véhicule- ou aller percuter un groupe de piétons : le propriétaire du véhicule est-il moralement prêt à accepter le choix réalisé à sa place ?
Ce sont les questions que se sont posées trois chercheurs de l’école d’économie de Toulouse, du MIT et de l’université d’Orégon. Ceux-ci ont procédé à des tests psychologiques sur plus de 2000 personnes et les résultats ont été publiés dans une étude intitulée « Le dilemme social du véhicule autonome », parue dans la revue « Science » du 24 Juin 2016. (étude en anglais, voici un résumé en français par le journal Le Monde)

Si les conducteurs ont plutôt tendance à choisir la vie des piétons par rapport à la leur dans une situation que ceux-ci contrôlent, il en va autrement quand on leur pose la question de savoir s’ils seraient prêts à acheter un véhicule programmé pour faire de même…

Notez que cette étude se poursuit, avec un site ouvert par les trois chercheur : MoralMachine (choix de plusieurs langues possibles dont le français).
Ce site vous propose de donner votre avis dans chacun des scénarios, en fonction du profil des personnes que vous (ou le véhicule) pourrait potentiellement tuer : âge, catégorie socio-professionnelle, délinquant…

A l’instar des assistances à la conduite qui se sont imposées et ont été imposées sur les véhicules neuf : ABS, ESP, capteur automatique de pression des pneus, il y a fort à parier que la conduite à délégation partielle ou totale devienne la norme dans la décennie à venir.

Comme dit plus haut, le facteur humain rentre en ligne de compte dans plus de 90% des accidents, et il semble pour le moins compliqué d’envisager à long terme comment pourront subsister les derniers véhicules « non-autonome » au milieu d’un trafic automatisé.
Ne serait-ce que d’un point de vue de la sécurité routière, sera t-il encore permis longtemps de conserver un véhicule conventionnel, tellement plus accidentogène en comparaison avec les véhicules autonomes, en particulier sur certaines routes ou dans certaines situations ?

Verrait-on alors apparaître une stigmatisation des conducteurs qui ne pourront -ou ne souhaiteront- pas passer à la conduite assistée ou autonome ?
Après tout, nul besoin d’imaginer le futur : Une catégorie de conducteur est déjà stigmatisée par les pouvoirs publics pour son goût des véhicules accidentogènes, cela ne vous dit rien ?

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