Rodéos sauvages: « Il y a une impunité totale, les gens sont excédés » (vidéos + témoignage)

C’est un problème « qui empoisonne la vie de millions de Français », selon le sénateur maire de Massy, Vincent Delahaye. Plusieurs maires de France s’inquiètent des rodéos motorisés, qui consistent à rouler sur la roue arrière d’une moto ou d’un quad.

« C’est un phénomène qui prend de l’ampleur. Ça fait 22 ans que je suis maire, j’ai toujours été sollicité par des problèmes de motos, de bruit, mais je dirai que ça devient de plus en plus fréquent et de plus en plus important », constate l’édile, impuissant.

Avec ses collègues Jean-Marie Vilain, maire de Viry-Châtillon et Robin Reda, député-maire de Juvisy-sur-Orge, il souhaite faire une proposition de loi anti-rodéo. Une manière d’interpeller le gouvernement sur la question: « Il faut trouver des réponses efficaces et aujourd’hui on ne les a pas. On s’est dit qu’il fallait prendre des initiatives et interpeller le gouvernement pour qu’il se saisisse de ce problème ».

Et de déplorer: « Quand vous avez un pot d’échappement non homologué vous avez une amende de 11 euros. Et le commissariat ne peut pas prouver que le niveau sonore est trop fort ou qu’il ne respecte pas les normes d’environnement. Donc, il y a un vrai problème de moyens de contrôle. Il y a aussi un vrai souci de sanction. La sanction devrait être plus importante au niveau des amendes. La contravention n’est pas suffisamment dissuasive et on devrait pouvoir confisquer le véhicule jusqu’à ce que l’amende soit payée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On devrait réfléchir à un délit de rodéo motorisé qui permettrait d’aboutir à la destruction du véhicule ». [NDLR: le sénateur n’est apparemment pas informé que le problème réside plutôt dans l’impunité/application de la loi et non dans le montant des amendes]

 

 

La grogne contre l’Etat s’explique par les recommandations des ministres de l’Intérieur successifs : les policiers ont pour consigne de prendre un maximum de précautions avant de poursuivre un motard. 

Ce week-end encore, de Limay à Sartrouville en passant par Les Mureaux ou Trappes, les habitants des quartiers populaires ont subi le vacarme des quads et des motos-cross. Une rengaine insupportable à leurs oreilles qui se joue chaque année aux beaux jours. Et rien ne semble pouvoir y mettre fin… ce qui n’empêche pas élus et des habitants de se mobiliser.

Ces derniers osent désormais dénoncer, sur les réseaux sociaux, le tapage provoqué par les jeunes pilotes de ces deux-roues, aussi inexpérimentés qu’inconscients. Les élus, eux, ont écrit au ministère de l’Intérieur. Catherine Arenou, maire (LR) de Chanteloup-les-Vignes et Eric Roulot, le maire (PC) de Limay, viennent ainsi d’envoyer un courrier à Gérard Collomb pour lui demander de réprimer les nuisances sonores. Catherine Arenou réclame même un « plan anti-rodéo » pour les banlieues.

A Poissy, la ville a saisi l’Etat pour faire cesser les rodéos qui se déroulent régulièrement dans les quartiers Beauregard et Saint-Exupéry. « L’Etat ne peut plus laisser les élus de terrain comme seuls et uniques remparts », ont demandé les élus du conseil municipal. Et à Guyancourt, la maire Marie-Christine Letarnec, qui redoute l’atteinte « d’un point critique de dangerosité » réclame des mesures au préfet Serge Morvan.

Le spectre des émeutes liées à Villiers-le-Bel (dans le Val-d’Oise, deux jeunes avaient trouvé la mort en 2007 dans la collision de leur moto-cross avec un véhicule de police) décourage toute volonté politique… « La crainte politique existe, analyse un gradé du département. Et sur le plan humain, on ne va pas s’amuser à planter un gamin de 20 ans. »

Entre des instructions floues et la pression des élus, les policiers de terrain ne restent pourtant pas inactifs. Dans la pratique, ils peuvent suivre les motards à allure moyenne, de loin. « Comme ce sont de mauvais pilotes, ils finissent souvent par caler », dit un officier.

D’autres mènent des opérations de contrôle dans les parkings ou à la station-service. Les engins sont souvent en irrégularité et il est facile de les saisir avant de les envoyer à la casse. Un commissaire des Yvelines se félicite d’avoir ainsi « broyé 120 motos-cross en cinq ans. » La méthode est radicale, il le reconnaît. Mais, ce patron expérimenté défend son métier et réclame plus de « courage » à sa tutelle : « La police, c’est le service au citoyen. Vous croyez qu’on rend service à l’ouvrier fatigué qui ne peut pas faire sa sieste le dimanche après-midi parce que des abrutis font les fous ? Il faut intervenir ! »

Témoignage : Il a, lui aussi, exaspéré ses voisins, il y a quelques années, en multipliant les allers-retours au guidon de son engin de cross dans la cité du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. Avec l’âge, ce trentenaire a gagné en maturité et porte aujourd’hui un regard critique sur sa mentalité de l’époque et celle des motards d’aujourd’hui. (Mehdi G., ancien amateur de rodéo sauvage)

« Leur comportement ? C’est une mode dangereuse. Sur une moto [cross], il faut prouver que tu existes, te différencier des autres. Et pour ça, il faut être un cramé, un fou. Plus tu es cramé, plus on parle de toi et plus on te respecte dans le quartier. Quant à la police, c’est encore mieux si elle nous poursuit ! Je me souviens que je prenais du plaisir à jouer avec elle. C’est chat, mais puissance 10 ! Et quand tu gagnes… tout le monde te respecte. C’est complètement fou comme réaction mais c’est une mentalité qui est bien ancrée chez eux. En plus, les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas d’excuse pour importuner leur quartier : au Val-Fourré, ils ont des terrains de foot couverts, une piscine, un plan d’eau, une carrière abandonnée où faire du cross… Tout pour éviter de faire les cons. »

 

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