Des experts réclament une vignette alors que les automobilistes paient plus de 34 milliards de taxes

Un comité d’experts a été chargé de plancher sur l’état de nos routes. Parmi les pistes envisagées pour trouver l’argent nécessaire à leur entretien : la création d’une nouvelle vignette automobile.

Selon nos informations, les experts missionnés par Elisabeth Borne, la ministre des Transports, planchent sur cette hypothèse pour renflouer le budget d’entretien du réseau routier. Leurs conclusions seront rendues le mois prochain.

« Les trains payent une redevance à SNCF Réseau pour l’usure des rails, mais les véhicules légers passent et repassent sur les routes sans rien verser » (sic !), explique Hervé Maurey, sénateur (UDI) de l’Eure et membre de cette instance. Pour l’élu, il y a urgence : « Notre réseau routier est en danger. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. »

La France, qui était en pole position du classement mondial, a depuis dégringolé à la septième place : les autoroutes à l’asphalte bien lisse mais aussi les petites routes de campagne au cordeau qui ont fait la réputation de notre pays se dégradent. Un exemple : la moitié du marquage au sol, absent, effacé ou mal adapté, est jugé non performant. « Cela pose notamment un problème de sécurité », insiste le sénateur centriste. Un constat d’autant plus inquiétant que les chiffres de la mortalité sont mauvais : ils sont en hausse depuis 2014, une première depuis 1972.

« Il ne faudrait pas avoir un hiver trop froid cette année, prévient de son côté Pierre Calvin, président de l’Union syndicale de l’industrie routière française (USIRF). Avec le gel, l’état actuel des couches supérieures des routes pourrait provoquer de gros problèmes ! » Il y a des dégradations évidentes, comme l’apparition de nids-de-poule, d’autres moins. A force de pluie et de passage de poids lourds, le bitume perd par exemple en adhérence, avec le risque pour les conducteurs de finir dans le décor au premier virage. La cause de ce mauvais état général ? Une diminution des crédits d’entretien. Les industriels de la route affirment avoir perdu 30% de leur activité en cinq ans à cause du désengagement de l’Etat et du manque d’argent consacré par les mairies et les conseils départementaux à ce patrimoine.

 -

« Dans un contexte d’argent public rare, la tentation est forte de se passer de l’entretien, une année, puis deux… Ça ne se voit pas, exactement comme la toiture d’une maison, explique Hervé Maurey. Mais attention, après dix ans, il pleut dans le salon. Dans le cas des routes, c’est un très mauvais calcul. Une fois le réseau endommagé, il devient beaucoup plus coûteux de le remettre à niveau. »

Le montant à récupérer par le biais de cette vignette anti-nids-de-poule est estimé entre 3 et 5 Mds€ par an. A raison de près de 40 millions de voitures en circulation, il faudra peut-être débourser entre 75 et 125 € par véhicule. Selon nos informations, les experts réfléchissent à d’autres sources de financement : augmenter la taxe sur l’essence, facturer au kilomètre la circulation des camions comme des voitures, pourquoi pas en utilisant la géolocalisation. « On pourrait tout à fait envisager un cocktail de ces mesures », glisse un spécialiste.

Les automobilistes consacrent 1/4 de leur budget automobile… aux taxes !

34 milliards d’euros, c’est le montant que paient chaque année les automobilistes en taxes sur les carburants, selon l’Automobile Club Association. Globalement, cette somme revient à environ 1 000 euros par véhicule et par an.

Le niveau de taxation du carburant a atteint des sommets en 2016. Désormais, pour un plein d’essence payé 60 €, 40 € sont consacrés aux taxes, soit les 2/3 du prix payé à la pompe. (soit 210% de taxes !) Pour expliquer cette situation, qu’elle qualifie de “délire fiscal” pour l’automobiliste, l’Automobile Club Association indique que le carburant est d’abord soumis à la TVA normale (20 %), puis à la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), laquelle est assortie de sa propre TVA. Ainsi, entre janvier 2014 et janvier 2016, le taux de taxation est passé pour le gazole de 99 à 201 % et de 136 à 210 % pour le SP 95, soit plus de 10 fois plus que la TVA dans les deux cas.

NDLR : les amendes ne sont pas comprises dans ce budget, alors qu’elles représentent plusieurs milliards d’euros par an et servent essentiellement au désendettement

Source

Le Parisien

Partagez